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LA MÉDISANCE AU TRAVAIL : FLÉAU OU SIGNE DE LIEN SOCIAL ?


On déteste tous entendre du mal de soi, mais, souvent, nous participons nous-même aux ragots entre collègues, confrères ou concurrents. « C’est de bonne guerre », entendons-nous parfois.

Pas si sûr…

Pourquoi sommes-nous (tous, sans exception), sujets à la médisance et pourquoi prenons-nous parfois plaisir à y participer ?


L’explication se trouve dans notre mode de fonctionnement social : nous avons besoin des autres, comme eux ont besoin de nous. Cependant, « être social » ne veut pas forcément dire « mignon » et « bienveillant » à tout bout de champs. Mieux encore : il paraîtrait, selon une étude très sérieuse, que les commérages libèrent les endorphines. Ils contribuent donc au bien être des collaborateurs !

Une étude publiée en 2019 dans la revue Social Psychological and Personality Science et menée sur près de 500 personnes démontrait que nous bavardons volontiers sur les autres, et ce, 52 minutes par jour ! Vous avez bien lu : nous bavardons sur le dos des autres près d’une heure par jour !

Pourquoi gaspillons-nous près d'une heure de notre précieux temps à bavarder de détails aussi banals de la vie des autres ?

Mark Leary, professeur de psychologie et de neurosciences à l'université Duke (Caroline du Nord) et spécialiste de la psychologie sociale et personnelle, l'a expliqué à Health de la manière suivante : « Le commérage est un instinct humain fondamental parce que nos vies sont profondément ancrées dans des groupes : le commérage est un instinct humain fondamental. Non seulement nous vivons en groupe, mais nous dépendons également des membres de nos groupes pour survivre. »

Il continue : « C'est pourquoi ils ont besoin d'avoir le plus d'informations possible sur les personnes qui les entourent afin de savoir comment sont les autres, à qui l'on peut faire confiance ou non, qui enfreint les règles du groupe, qui est ami avec qui, quelles sont les personnalités et les points de vue des autres, et ainsi de suite ».


Fait intéressant et rassurant, la majorité des ragots sont plutôt neutres, donc inoffensifs et ont peu de conséquences pour la personne visée.

En revanche, l’étude fait le distinguo commérages et médisance. Il se trouve que, contrairement à la médisance, les commérages auraient de véritables bienfaits sur la santé.

Selon Eshin Jolly, chercheur postdoctoral au Computational Social Affective Neuroscience Laboratory (COSAN) « Les ragots sont une forme complexe de communication qui est souvent mal comprise », il continue « Cela peut être un moyen de connexion sociale au-delà de sa connotation négative ».


Une libération d’endorphines qui pourrait s’expliquer par le sentiment d’appartenance suscité par l’échange des ragots. En effet, les commérages auraient aussi le pouvoir de renforcer les liens sociaux. Les résultats de l’étude ont également démontré que les commères se sentiraient davantage connectées les unes avec les autres. Luke Chang ajoute qu’« en échangeant des informations avec les autres, les ragots sont un moyen de nouer des relations. Ils sont propices à la confiance et facilitent un lien social qui se renforce à mesure que la communication se poursuit ».


Concrètement, échanger des ragots avec vos amis va vous permettre de mieux vous connaître, de partager un avis et parfois même de retrouver une certaine complicité.


Bon, cela étant dit, à partir de quel moment pouvons-nous parler de toxicité des ragots ?

Car, ne nous mentons pas, lorsqu’on apprend que nous sommes l’objet de commérages, cela ne nous enchante guère.

Il me semble important de définir ce qui ressemble à de faux témoignages visant à nuire la personne concernée des propos « inoffensifs » de par leur nature plutôt anodine.

Les noms calomnie et médisance partagent l’idée de « faire du tort ». Si calomnie implique une accusation mensongère, la médisance implique plutôt des propos malveillants, mais véridiques, même si le fond a été quelque peu « romancé » pour ajouter un peu de piquant aux récits toxiques.

Calomnie vient du latin calumnia (« chicane, fausse accusation »). Ce nom comporte l’idée de « fausseté », de « mensonge ». Il sert à exprimer une accusation mensongère faite pour causer du tort à la réputation d’une personne. Quand il n’y a pas de preuves, on peut aussi parler de diffamation.

Ces accusations mensongères visent à encorner la réputation et l’honneur de quelqu’un ou de le discréditer.


Médisance a été formé au XVIème siècle, à partir du participe présent du verbe médire, anciennement mesdire (« dire du mal »). Ce sont des propos malveillants par lequel on médit, mais qui peut être fondé, à la différence de la calomnie, dans le but de causer du tort.

Ok, les commérages, c’est inoffensif si c’est occasionnel, mais à condition que cela de ne transforme pas en acharnement et que cela ne devienne de la médisance, voire une rumeur infondée.

« Parler sur le dos des gens nous donne l'impression d'être puissant, mais c'est très dangereux. Si vous avez la réputation de quelqu'un qui propage des ragots négatifs, vous pouvez être exclu de votre cercle social, dans ces cas-là, les effets positifs du commérage sont donc inversés », prévient Jennifer Cole, maître de conférences en psychologie à l'université de Manchester.


La jalousie, le carburant de la médisance


Plusieurs psychologues ont expliqué que les personnes qui jugent et qui excellent dans l’art de donner des leçons dissimulaient en réalité un profond mal-être, voire une jalousie et une frustration.


« La jalousie et l’envie seront les moteurs principaux de la médisance », confirme Sébastien Garnero, docteur en psychologie et psychologue clinicien à Paris.

« Donc bien entendu dans ces cas de figures, on aura des personnes pathologiques insatisfaites, frustrés, manipulatrices, perverses, égocentriques et hypernarcissiques qui ne supportent pas la réussite et le bonheur des autres. On ressentira d’ailleurs à leur contact et en leur présence, un sentiment inconfortable de stress, de malaise relationnel, de fatigue psychique et de perte d’énergie, de tension psychique, de contrôle, de critiques calculées, de mépris, de cynisme, d’arrogance et de désobligeance ».

Si vous aimez commérer positivement faites-le avec les bonnes personnes !

Écrire cet article fait aussi écho à mes propres frustrations : celles d’être critiqué injustement, voire d’être l’objet de malveillance et de médisance. Observation intéressante : tant que je ne dérangeais personne et n’avait pas trop de succès, je n’ai attiré l’attention de personne.

Dernièrement j’ai même entendu (via via, bien sûr), que je serais « la honte du métier ». Rien que ça !

Mais quelle valeur accorder à ces critiques ?

Mon expérience personnelle a démontré que la plupart des pipelettes et commères les plus virulents sont souvent, effectivement, des personnalités frustrées qui :

- En font moins que moi, voire rien du tout, mais aimeraient avoir le même succès.

- N’ont pas l’expérience que j’ai, ils débutent.

- Ne supportent pas le succès des autres, de toutes façons.

- N’ont pas parcouru mon désert.

- N’ont pas une once d’expérience.

- Sont des concurrents qui espère nuire ma crédibilité.

Cela m’aide à relativiser et rationaliser le taux de toxicité de leurs propos, même s’ils sont parfois acharnés. Comme vous, je fais parfois l’objet d’acharnement on se croirait aux temps de l’Inquisition où l’ont chassait les sorcières.


Alors, pour alimenter cet article, je vous ai demandé votre avis :


Gregory Vaillant partage : Difficile de répondre car cela dépend vraiment de la situation.

Perso, je peux m'en foutre si la tierce personne est une conne, mais je suis aussi affecté et démotivé si c'est quelqu'un que j'estime (ou estimais) et si ça perdure, je peux aussi réagir de manière brutale !!!

En revanche, jamais (même si il ne faut jamais dire jamais) je ne saisirais la justice !


Mounya FADHIL nous dit : « 'Je ne sais pas ce que tu fous là, tu es une merde sur une pelle en bois' : voilà comment un officier supérieur m'a accueilli au sein de la Marine Nationale pendant mon expérience d'interprète traductrice...

Je lui ai simplement dit ‘comment un officier de votre envergure s'intéresse à une... merde ? Ravie de faire votre connaissance...on m'avait dit que ce milieu était assez misogyne, je découvre qu'il est à la fois misogyne et vulgaire ! Bonne journée monseigneur.’

Tous les jours, je faisais du café pour tout le monde, j'adorais apporter des gâteaux marocains ou autres... et à chaque fois je lui disais : ‘je ne vous sers pas monseigneur, je pue la merde, vous risquez de puer aussi !’

C'est ma réaction terrain, maintenant, c'est une phrase qui est restée gravée dans ma mémoire et quelque part qui m'a permis de développer encore plus mon sens de la répartie... Je lui dis merci à ce monsieur 🙏😉


peggy PRINCE enchaîne : « Ça m’affecte mais ça me motive pour réussir ! »

Oui, c’est vrai que cela peut être transformer en moteur de la réussite et de la persévérance !


Attention : critiquer en permanence vos collègues de travail peut vous coûter votre poste !


Maître Arthur Tourtet, avocat spécialisé au Droit du Travail et Social, explique :

« Outre la notion de savoir vivre, votre contrat de travail implique de respecter vos collègues de travail.

Ce contrat implique une obligation de loyauté, ce qui vous oblige à ne pas saper le moral de votre équipe de travail en critiquant en permanence les personnes que vous n’appréciez pas.

Enfin, l’usage de votre liberté d’expression n’est pas légitime lorsque qu’il s’agit de dénigrer, d’exagérer ou d’insulter.

Lorsque vous vous contentez d’attaquer la personne objet de vos critiques, de surcroît en utilisant un langage grossier, n’espérez pas faire de vieux os dans votre entreprise.

C’est la mésaventure qu’a eu à connaître une salariée, secrétaire commerciale, travaillant au sein d'un open space dans son entreprise.

La salariée en question faisait preuve d’une médisance dépassant largement des critiques constructives et argumentées et a été licenciée pour faute grave.

D’anciens collègues de la salariée ont attesté de son comportement et des propos tenus.

Parmi les attestations analysées par la Cour d’appel, on peut y lire notamment les propos suivants :

« Regarde-moi cette vieille comme elle s'habille, elle est ridicule »

« T'as vu comme elle élève son dernier fils, elle va le rendre débile »

« Regardez tous ces cadres qui ont des voitures toutes neuves et qui partent en vacances gratuitement. »

« On est vraiment mal payé ici ; vous verrez quand on lui demande quelque chose, il refuse toujours. »

« X n'en glande pas une, ne fait rien de la journée, ne fait que tourner en rond malgré son salaire. »

La salariée avait également proféré d’autres propos tellement orduriers qu’ils auraient pu justifier des poursuites pénales en diffamation.

L’ambiance était devenue tellement exécrable que l’employeur a dû réunir l’ensemble du personnel afin de les mettre en garde contre ce genre de dénigrement de nature à nuire au bon fonctionnement de l’équipe.

La Cour a été tellement choquée par cette attitude qu’elle a cru bon de préciser que les propos de la salariée licenciée ne pouvaient avoir aucune justification professionnelle et relevaient d’une méchanceté purement gratuite.

Bien évidemment, le licenciement pour faute grave a été validé par la Cour.

(Cour d’appel de Lyon, 17 mars 2010, n° 09/01963).

Alors, s’il est bon de propager des rumeurs sur les uns et les autres, attention de ne pas passer la ligne de la toxicité qui vise consciemment à nuire et à isoler les autres afin de se donner quelque peu d’importance pour répondre au simple besoin d’être « quelqu’un »…

Attention à ce que la jalousie ne vous joue pas de mauvais tours non plus, les autres ne sont pas dupes, vous risquez de vous retrouver isolé à votre tour.


Avec toute ma sympathie,


Michel POULAERT, CSP


Sources :

https://consultation.avocat.fr/blog/arthur-tourtet/article-28548-la-medisance-au-travail-critiquer-en-permanence-vos-collegues-de-travail-peut-vous-couter-votre-poste-cour-d-appel-de-lyon-17-mars-2010-n-09-01963-..html

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